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Tout le monde veut SpaceX, OpenAI et Anthropic. Mais devez-vous en faire autant ?

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22 juin 2026 

3 minutes à lire

2026 est une année exceptionnelle pour les nouveaux venus en bourse. SpaceX vient de réaliser la plus grande introduction en bourse de tous les temps, tandis qu’OpenAI et Anthropic se préparent à suivre cet automne. À elles trois, ces entreprises représenteront probablement autant de capital que le PIB du Japon (!), la quatrième économie mondiale. Quel est l’impact d’un tel tsunami financier sur le marché ? Et cela a-t-il également un impact sur vos autres placements ?

1. Qui entre en bourse et quand ?

Si tout se déroule comme prévu, trois des plus grandes entreprises privées du monde seront cotées en bourse cette année. Le 12 juin,SpaceX (Starlink et xAI) a déjà fait son entrée. Il s’agissait de la plus grande introduction en bourse jamais réalisée et la capitalisation boursière a déjà dépassé les 2 000 milliards de dollars le premier jour (source). À titre de comparaison, cela représente la valeur de tous les biens et services produits par l’ensemble de l’économie espagnole en un an (PIB).

OpenAI, connue pour ChatGPT, a introduit un dossier auprès de l’autorité américaine de surveillance des marchés boursiers. Elle vise une cotation d’ici l’automne et une valorisation d’environ 850 milliards de dollars (source). Anthropic, le créateur de Claude, avait fait sa demande d’entrée en bourse quelques jours plus tôt. La cotation est prévue pour octobre. Après une levée de fonds de 65 milliards de dollars, l’entreprise est actuellement évaluée à quelque 965 milliards de dollars (source).

2. Ces actions figureront-elles automatiquement dans la plupart des trackers ?

Pour ceux qui investissent dans des trackers, l’impact direct de ces méga-OPI est encore minime pour le moment. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que ces entreprises dominent immédiatement tous les trackers populaires. La raison tient à la manière dont de nombreux indices calculent leur composition. Ils pondèrent une entreprise en fonction de ses actions librement négociables, ce que l’on appelle le free float. SpaceX, par exemple, n’a mis sur le marché « que » quelque 85 milliards de dollars d’actions (source). Supposons que SpaceX soit immédiatement intégrée au S&P 500, la pondération dans l’indice serait alors inférieure à 0,5 % (source). Le free float augmentera naturellement avec le temps.

Après le premier rapport trimestriel de SpaceX en août ou septembre, la période dite de lock-up arrive à échéance ; les premiers investisseurs pourront alors (sans obligation) mettre en vente et céder 20 % de leurs actions en bourse. Des tranches supplémentaires peuvent être vendues ultérieurement, ou dès que le cours dépasse le prix d’émission d’un certain pourcentage (source). Mais cela ne signifie pas non plus que SpaceX sera rapidement repris dans le populaire S&P 500.

Cet indice requiert quatre trimestres de bénéfices consécutifs (source). OpenAI, Anthropic et SpaceX continuent de brûler massivement du capital. Une entrée rapide dans l’indice S&P 500 semble, dans ces conditions, peu probable. Si vous investissez dans des trackers génériques comme le S&P500 ou le MSCI World, ne vous attendez donc pas à ce que ces méga-entreprises occupent immédiatement des positions importantes au sein de ces trackers.

La situation est un peu plus nuancée pour ceux qui ont par exemple un tracker sur le Nasdaq 100. Plusieurs constructeurs d’indices ont en effet accéléré leur période d’intégration.

Le Nasdaq a réduit le délai d’attente à 15 jours de négociation. Le FTSE Russell est même passé à cinq jours (source). Une fois les sociétés intégrées à l’indice, vous achetez indirectement leurs actions. Vous n’avez pas votre mot à dire à ce sujet. Ceux qui préfèrent ne pas investir directement dans les actions elles-mêmes, mais souhaitent tout de même bénéficier d’une certaine exposition, pourront bientôt y parvenir via différents trackers fortement orientés vers la technologie.

3. Ces introductions en bourse aspirent-elles les liquidités du reste du marché ?

Un autre effet entre en jeu. Les liquidités ne sont pas illimitées. Pour investir des milliards dans SpaceX (et plus tard dans OpenAI et Anthropic), certains investisseurs vendent d’autres positions. Il s’agit souvent des actions de croissance et technologiques existantes. Cela peut entraîner une pression temporaire ailleurs sur le marché. Nous l’avons par exemple observé avec plusieurs actions du secteur spatial lors de l’introduction en bourse de SpaceX (Virgin Galactic a chuté de 30 % - source). Ne vous attendez donc pas toujours à un marché boursier sans heurts autour de ces introductions en bourse. Lors de l’introduction en bourse d’OpenAI et d’Anthropic, il est tout à fait possible que d’autres actions soient (temporairement) sous pression.

4. « Tout le monde » veut en être. Mais devez-vous suivre le mouvement ?

Les entrées en bourse populaires connaissent souvent un début spectaculaire. SpaceX l’a prouvé avec une hausse des cours de 19 % le premier jour et de 20 % le deuxième jour. Entre 1980 et 2024, les entreprises nouvellement cotées en bourse aux États-Unis ont ainsi progressé de 18,9 % en moyenne lors de leur lancement (source).

Mais lors des années d’optimisme boursier, les gains affichés le premier jour peuvent même être beaucoup plus élevés. Ainsi, au plus fort de la bulle Internet, la hausse moyenne des cours le premier jour a été exceptionnelle : 72,1 % en 1999 et 56,3 % en 2000. 2020 (41,6 %), 2021 (32,1 %) et 2022 (48,9 %) ont également été des années marquantes grâce à quelques introductions en bourse très médiatisées (DoorDash, Airbnb, Snowflake) (source). Toute la question est de savoir si, passée l’euphorie du début, les nouvelles entreprises continuent à afficher de bonnes performances.

Ici, les recherches révèlent un aspect moins encourageant. Les investisseurs qui achètent une action au moment de l’OPI et la conservent pendant une longue période obtiennent en moyenne des résultats inférieurs à ceux du marché. Au bout de 3 à 5 ans, de nombreuses OPI affichent un rendement inférieur à celui d’actions ou d’indices comparables préexistants (source). Ces moyennes historiques ne sont évidemment pas une garantie pour l’avenir : SpaceX, OpenAI et Anthropic pourraient à terme prouver le contraire.

5. S’agit-il d’une nouvelle période dotcom ?

La comparaison avec 1999-2000 s’impose. À l’époque, les investisseurs propulsaient chaque nouvelle promesse liée à Internet vers les sommets. Les périodes où de nombreuses (grandes) entreprises font leur entrée en bourse vont souvent de pair avec une certaine euphorie.

Cisco reste l’exemple par excellence. En mars 2000, l’entreprise est brièvement devenue la plus valorisée au monde. L’action cotait alors avec un rapport cours/bénéfice d’environ 130. Elle s’est ensuite effondrée de près de 90 %. Cisco n’a atteint son pic de 2000 que 25 ans plus tard (source). Sur la base d’un chiffre d’affaires annuel attendu d’environ 18 milliards de dollars et d’une valorisation boursière d’environ 2 500 milliards de dollars (situation du 16 juin 2026), les investisseurs évaluent SpaceX à environ 139 fois le chiffre d’affaires annuel. C’est extrêmement élevé selon la plupart des critères : Nvidia est évaluée à 21,5 fois son chiffre d’affaires annuel, Microsoft, à 12,3 fois et Apple, à 6,8 fois (source).

Chez SpaceX, le prix de l’action représente avant tout un pari sur l’avenir, et non le reflet chiffré de ses performances passées. Cisco n’était pas une mauvaise entreprise et son chiffre d’affaires n’a cessé de croître pendant des années. Mais le prix payé par les investisseurs à l’époque était bien trop élevé. SpaceX, OpenAI et Anthropic vont-ils bientôt connaître une répétition de 2000 ? Pas nécessairement.

Après l’éclatement de la bulle Internet, il s’est avéré qu’une grande partie des entreprises s’est en effet révélée n’être que du vent, mais une autre partie – pensez à Amazon – s’est finalement avérée sous-évaluée. Pourtant, le marché n’est pas serein aujourd’hui. Tout d’abord, les investissements dans l’infrastructure d’IA sont bien supérieurs à ceux réalisés dans les télécommunications vers 2000.

Jamais auparavant les géants de la tech n’avaient dépensé autant d’argent en infrastructure qu’aujourd’hui. Les grands acteurs investiront ensemble quelque 800 milliards de dollars cette année ; en 2024, ce chiffre ne s’élevait encore qu’à 260 milliards de dollars. Leurs réserves de trésorerie s’amenuisent et les plus grandes entreprises technologiques émettent cette année environ 135 milliards de dollars de titres de dette. Toutes ces dépenses doivent un jour être rentabilisées. Il en va de même pour SpaceX (source).

Deuxièmement, il y a le risque de concentration. Nortel, aujourd’hui en faillite, représentait à lui seul 38 % du principal indice boursier canadien durant la période de la bulle Internet. Nokia, autrefois si dominant, représentait à un moment donné 60 % du marché finlandais. Et récemment, la bourse sud-coréenne, dominée par deux fabricants de puces, a chuté de 15 % en quelques jours à cause des inquiétudes des investisseurs concernant l’IA.

Le top 10 des actions du S&P 500 représentait récemment près de 40 % de la capitalisation boursière totale, un niveau jamais atteint depuis 1965. Aujourd’hui, neuf de ces entreprises ont en outre un lien avec le thème le plus populaire sur les marchés : l’IA (source). Troisièmement, il y a des préoccupations concernant le financement en boucle fermée. Nvidia investit dans OpenAI, OpenAI achète de la puissance de calcul et celle-ci fonctionne en grande partie sur des puces Nvidia (source). Anthropic et Alphabet (Google) louent des milliards de capacités de calcul à SpaceX (source). Et ainsi de suite. Les critiques craignent que cela fasse gonfler artificiellement le chiffre d’affaires et les valorisations.

Conclusion ? Les entrées en bourse de SpaceX, OpenAI et Anthropic ouvriront sans aucun doute un nouveau chapitre pour le secteur technologique. Mais une introduction spectaculaire n’est pas pour autant la garantie d’une performance à long terme tout aussi spectaculaire. Ceux qui se laissent emporter par cet engouement risquent de payer le prix fort pour des attentes qui ne se concrétiseront peut-être que des années plus tard, voire jamais. À l’inverse, Amazon, Nvidia et Meta ont aussi été, à leurs débuts, des valeurs de croissance jugées excessivement chères par beaucoup, qui estimaient que leurs valorisations avaient dérapé.

Pour la plupart des investisseurs, il n’y a de toute façon aucune raison de bouleverser leur stratégie dans la précipitation. La diversification, la discipline et une vision à long terme restent plus importantes que la course aux dernières coqueluches de la bourse. L’histoire montre que le train que tout le monde veut prendre n’est pas toujours celui qui va le plus loin.

8 choses à prendre en compte si vous souhaitez vous lancer

  • Veuillez lire le prospectus avant d’investir dans une nouvelle action.
  • Utilisez un ordre limite pour les nouvelles cotations. Les titres nouvellement introduits affichent fréquemment une volatilité marquée lors de leur première journée de négociation. Avec un ordre limite, vous déterminez vous-même votre prix maximum.
  • Déterminez au préalable la taille de votre position. Pour les investisseurs moyens, il est préférable de limiter les actions individuelles. Demandez-vous ce que vous feriez si l’action chute de 30 %.
  • Investissez uniquement de l’argent dont vous pouvez vous passer pendant une période d’au moins cinq ans.
  • Investissez éventuellement de manière échelonnée dans le temps.
  • Restez vigilant à l’approche de la fin du lock-up. Une nouvelle offre met souvent le cours sous pression.
  • Envisagez un indice équipondéré comme contrepoids. Les trackers classiques comme le S&P 500 s’appuient fortement sur les géants de la Big Tech et de l’IA. Une variante équilibrée répartit ce risque. Sachez toutefois que vous investirez alors en partie à contre-courant du marché.
  • Diversifiez vos placements entre les secteurs, les régions et les thèmes. Un seul thème ne doit pas dominer votre portefeuille.

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