Ce qu’il vaut mieux éviter de partager sur les réseaux sociaux
Keytrade Bank
keytradebank.be
18 août 2026
3 minutes à lire
Un message de votre meilleur ami pour votre anniversaire, une photo de vacances publiée depuis la plage, une mise à jour LinkedIn pour annoncer votre nouvelle fonction… Autant de messages inoffensifs, pensez-vous. Mais les observateurs qui les combinent connaissent votre date de naissance, savent qu’il n’y a personne à la maison et peuvent peut-être déduire qui approuve les paiements dans votre entreprise.
L’époque où les escrocs envoyaient le même e-mail à des dizaines de milliers d’adresses au hasard est en grande partie révolue. Aujourd’hui, les arnaques les plus dangereuses sont personnalisées : l’on s’adresse à vous par votre nom, l’on connaît votre employeur, vos projets de voyage ou le nom de votre (petit-)enfant. Les criminels n’ont pas besoin de voler ces informations : vous les leur livrez vous-même dans vos publications.
Les chiffres ne mentent pas. Selon l’association bancaire néerlandaise NVB, plus de 70 % de toutes les fraudes en ligne commencent désormais sur des réseaux sociaux tels que Facebook, Instagram et TikTok (source). Et le Centre pour la Cybersécurité Belgique avertit que l’IA permet aux cybercriminels de composer des messages crédibles et personnalisés en un rien de temps (source). La matière première à la base de cette personnalisation ? Vos propres profils sur les réseaux sociaux.
Ce qu’un fraudeur voit lorsqu’il regarde votre profil
Les experts en sécurité appellent cela l’OSINT : open source intelligence, ou la collecte d’informations à partir de sources librement accessibles. Pas de piratage, pas de fuite de données, il suffit de lire les données publiques. Examinez vos propres profils : révèlent-ils les informations suivantes ?
Votre anniversaire. Quand vous recevez des dizaines de félicitations sur votre ligne du temps, tout le monde connaît le jour et le mois de votre naissance. Quant à votre année de naissance, elle figure souvent dans votre profil ou peut être déduite d’une publication sur un « 40 anniversaire ». Or, votre date de naissance est une question de vérification classique pour de nombreux services et un élément clé de la fraude à l’identité.
Vos photos de vacances, publiées en direct. Quand vous publiez un message depuis la plage ou la montagne, vous dites deux choses en même temps : ma maison est vide, et je suis moins joignable et alerte que d’habitude. C’est précisément à ce moment-là qu’un prétendu message de votre « banque » à propos d’une transaction suspecte est particulièrement efficace, car vous ne pouvez pas passer en agence et vous risquez d’être moins critique, en mode vacances. Si vous dévoilez aussi le nom de votre hôtel, une fausse demande de paiement « de votre hôtel » devient soudain très crédible.
Votre famille et vos animaux de compagnie. Avec le nom de votre petit-enfant, un message du type « ami en détresse » (Papi, je te contacte avec mon nouveau numéro, tu peux vite m’aider ?) devient personnel et donc convaincant. Sans oublier que beaucoup de personnes intègrent toujours le nom de leur animal de compagnie ou de leur enfant dans leurs mots de passe ou leurs questions secrètes.
Votre profil LinkedIn. Votre fonction, vos collègues, votre nouvel emploi, l’organigramme de votre entreprise… LinkedIn est une mine d’or pour la fraude au CEO. Les criminels recherchent le directeur financier, le responsable des paiements et le style de communication de l’entreprise pour envoyer une demande de paiement urgente « de la part du patron ». Les personnes qui débutent dans un nouvel emploi et qui l’annoncent avec fierté sont une cible privilégiée, car les nouveaux collaborateurs ne connaissent pas encore les procédures internes et veulent être serviables.
Votre voix et votre visage. Chaque vidéo où vous parlez, chaque message vocal, chaque podcast et chaque webinaire est une source potentielle. Actuellement, une piste audio de quelques secondes suffit aux outils d’IA pour cloner une voie de manière convaincante. Cette technologie est déjà exploitée : début 2026, un entrepreneur suisse a été dupé pendant des semaines avec la voix clonée d’un partenaire commercial et a viré des millions avant que quelqu’un ne se rende compte de la supercherie (source).
Les quiz et questionnaires ludiques. « Quelle était la marque de votre première voiture ? », « Quel était le nom de votre premier animal de compagnie ? », « Comment s’appelle la rue où vous avez grandi ? »… Vous les reconnaissez ? Ce sont littéralement les questions secrètes que les banques et les sites web utilisent pour vérifier votre identité. Ces questionnaires viraux sont parfois conçus pour collecter ces réponses.
Des pièces du puzzle à une attaque ciblée
Aucun de ces éléments n’est catastrophique en soi, mais le danger réside dans leur combinaison. Un fraudeur qui connaît votre nom, votre employeur, vos projets de vacances et votre situation familiale n’a plus besoin d’envoyer un e-mail de phishing générique. Il pourra vous envoyer un message parfaitement adapté à votre vie, au moment où vous êtes le plus susceptible de tomber dans le piège.
C’est ainsi que vous pouvez être victime d’attaques telles que le spearphishing (un e-mail de phishing sur mesure, avec des détails authentiques sur votre vie privée), le whaling (du spearphishing qui prend pour cible les responsables et les administrateurs d’entreprises), la fraude au CEO (un collaborateur reçoit une demande de paiement urgente d’un prétendu « directeur » de l’entreprise) et la fraude à la demande d’aide (un message soi-disant envoyé par un « enfant » ou un « petit-enfant » en détresse). Leur point commun ? Elles fonctionnent parce qu’elles mettent dans le mille. Tous les détails sont corrects, et c’est précisément ce qui endort votre méfiance.
Les investisseurs sont également pris pour cible. Si vous discutez d’investissement dans des groupes Facebook ou partagez votre intérêt pour les cryptomonnaies sur LinkedIn, vous vous exposez aux recruteurs de faux clubs et groupes d’investissement. Ils ne vous sollicitent pas par hasard, mais parce que votre profil vous trahit comme une proie intéressante.
Que vaut-il mieux ne pas partager (ou seulement par après) ?
Les réseaux sociaux reposent sur le partage et il n’est pas nécessaire d’y renoncer. Prenez seulement certaines mesures d’hygiène. Quelques habitudes simples feront déjà une grande différence :
1. Publiez vos photos de vacances après votre retour
Vos photos de vacances seront toujours aussi belles une semaine plus tard. Évitez à tout prix les publications en direct avec votre lieu de séjour, le nom de votre hôtel ou les dates de votre voyage.
2. Ne participez pas aux quiz et questionnaires viraux
C’est peut-être le réflexe le plus important de tous. « Quelle était la marque de votre première voiture ? », « Quel était le nom de votre premier animal de compagnie ? », « Comment s’appelle la rue où vous avez grandi ? »… Cela peut vous sembler des anecdotes inoffensives, mais ce sont littéralement les questions secrètes que les banques et les sites web utilisent pour vérifier votre identité. Certaines de ces listes virales ont même été créées délibérément pour soutirer ces réponses.
3. Ne communiquez pas votre date de naissance
Supprimez votre année de naissance de vos profils ou rendez votre anniversaire visible uniquement pour vous-même. S’il est agréable de recevoir des félicitations, l’usurpation d’identité est un risque majeur.
4. Ne partagez pas de photos de documents et de tickets
Cartes d’embarquement, billets de concert, nouvelle carte bancaire, permis de conduire, étiquettes d’adresse… les fraudeurs peuvent utiliser les codes-barres et les numéros qui y sont indiqués. Il est également préférable de ne pas partager une photo de votre boîte aux lettres avec une plaque nominative ou de votre porte d’entrée avec le numéro.
5. Limitez les informations sur votre famille
Les noms de vos (petits-)enfants et de vos animaux domestiques, l’école de vos enfants, l’adresse de votre domicile en photo… moins il y a d’informations qui circulent, moins vous donnez de matière aux escrocs pour composer un message frauduleux personnalisé.
6. Réfléchissez à deux fois avant de partager des détails sur votre vie professionnelle
Vous pouvez annoncer que vous vous lancez dans un nouveau poste, mais évitez de donner trop de détails sur les processus internes, les projets, les absences (« deux semaines de teambuilding ! ») ou qui approuve quoi dans votre entreprise.
Affinez vos paramètres de confidentialité
C’est à ce niveau que vous pourrez faire la plus grande différence. Inutile d’effacer votre ligne du temps, il est beaucoup plus important de déterminer qui peut voir vos messages. Une demi-heure suffit pour un nettoyage en profondeur :
1. Définissez vos profils sur « privé » ou « amis uniquement ».
Sur Facebook, vous pouvez déterminer qui voit quoi pour chaque rubrique. Privilégiez « amis » plutôt que « public », y compris pour les anciens messages. Facebook dispose d’une fonction qui vous permet de limiter la visibilité de toutes les publications précédentes en une fois.
2. N’acceptez pas les demandes d’inconnus.
C’est essentiel. Vous recevez une demande d’amitié ou de connexion de la part de quelqu’un que vous ne connaissez pas ? Prudence, car il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’un escroc en puissance qui souhaite uniquement accéder à votre profil pour collecter des données. Une série impressionnante d’amis en commun n’est pas non plus une preuve de bonne foi, car c’est justement par fausses relations interposées que les fraudeurs parviennent à bâtir leurs faux profils. En cas de doute, ignorez la demande. Profitez-en pour faire le ménage dans votre liste actuelle, car des centaines d’« amis » que vous connaissez à peine sont autant de regards sur votre vie privée.
3. Désactivez le partage de la localisation.
Supprimez les balises de localisation automatique et vérifiez si vos anciennes publications trahissent votre adresse ou vos habitudes.
4. Vérifiez ce que les tiers peuvent voir.
Consultez votre profil via la fonction « Voir en tant que » (Facebook) ou à partir d’un navigateur déconnecté. Vous verrez ainsi tout ce qu’un fraudeur peut voir.
5. Faites en sorte qu’il ne soit pas trop facile de vous trouver.
Veillez à ce que votre profil ne soit pas accessible via votre numéro de téléphone ou votre adresse e-mail et qu’il n’apparaisse pas dans les moteurs de recherche.
6. N’oubliez pas LinkedIn.
Là aussi, vous pouvez définir qui peut voir vos connexions et votre adresse e-mail et si votre profil est visible en dehors de LinkedIn. Pour les personnes qui exercent une fonction financière, ce n’est pas un luxe.
Enfin, voici peut-être le réflexe le plus important : si un message vous semble suspect, écoutez votre instinct. Aujourd’hui, le simple fait de connaître votre nom, votre fonction ou vos projets de voyage ne prouve plus rien. Vérifiez l’identité de la personne qui vous contacte via un autre canal, comme vous le feriez pour toute demande inattendue.
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