Investir dans le club des actions à 4 chiffres
Keytrade Bank
keytradebank.be
16 janvier 2026
3 minutes à lire
Une action de 8 000 euros semble inaccessible à de nombreux investisseurs. Trop chère, trop élitiste… Et pourtant : ce prix élevé cache souvent une stratégie réfléchie. Certaines entreprises ne veulent justement pas attirer de traders pressés, mais seulement des actionnaires patients. Et elles utilisent leurs cours pour y parvenir.
Quand Netflix a scindé son action en novembre 2025 (1 pour 10), elle a rendu sa carte de membre du club sélect des actions à 4 chiffres du S&P 500. Les investisseurs n’ont pas versé trop de larmes, car depuis son entrée en bourse en 2002, l’action avait déjà gagné 89 000 % (source : Bloomberg – situation en novembre 2025).
Actuellement, le S&P 500 compte toujours une dizaine d’entreprises dont le cours est supérieur à 1 000 dollars. Citons le constructeur immobilier NVR Inc, Booking Holdings (de Booking.com), AutoZone (pièces automobiles), le géant pharmaceutique Eli Lilly, le gestionnaire d’actifs BlackRock et Mettler-Toledo (matériel de laboratoire). Les actions Berkshire Hathaway de classe A cotent même à plus de 750 000 dollars l’unité, mais ne font pas partie du S&P 500 (source : Bloomberg – situation en janvier 2026).
Ce qui soulève une question passionnante. Tandis que des géants de la tech tels qu’Amazon, Alphabet et Apple scindent régulièrement leurs actions pour rester accessibles aux petits investisseurs, un groupe restreint d’entreprises usent d’une stratégie qui semble en porte-à-faux avec la démocratisation de l’investissement.
Ce prix à quatre chiffres est-il un filtre de qualité délibéré ? Ou plutôt une stratégie d’exclusion obsolète ?
La qualité prime sur la quantité
Pendant des décennies, Warren Buffett a refusé de scinder les actions A de Berkshire Hathaway. Son raisonnement ? Un cours élevé décourage la spéculation et attire les investisseurs à long terme. « Le cours agit comme un filtre naturel », a-t-il un jour expliqué.
Une philosophie qui porte ses fruits. De 1964 à 2024, Berkshire a généré un rendement annuel composé de 19,9 %, soit près du double des 10,4 % du S&P 500. Le rendement total ? Plus de 5,5 millions de pour cent (source).
La logique est claire : qui est prêt à dépenser des milliers d’euros pour une action réfléchit probablement plus longtemps avant de la vendre. Cela crée un actionnariat plus stable et réduit la volatilité. En effet, des études confirment que les actions dont les prix nominaux sont plus élevés affichent souvent des fluctuations de cours quotidiennes plus faibles (source).
Un cours élevé envoie également un signal fort : il implique des décennies de croissance constante et de santé financière.
Culture et prestige
Appartenir au club exclusif des actions à quatre chiffres dénote aussi un certain statut. En 2003, Booking Holdings (anciennement Priceline) a même opéré un reverse split pour faire monter le cours de l’action, alors que l’entreprise traversait une période difficile. Un choix stratégique : la direction voulait montrer qu’elle était à nouveau sur la bonne voie. Depuis lors, elle refuse de scinder son action (source).
D’ailleurs, les actions chères ne sont pas qu’un phénomène américain. Il y a aussi de nombreux exemples en Europe, comme ASML, Rheinmetall, Hermès et Lindt & Sprüngli (source : Bloomberg – situation en janvier 2026). La société belge Lotus Bakeries n’a pas non plus scindé son action. Avec un cours absolu de plus de 8 000 euros, elle fait même partie des actions européennes les plus « chères ». Ce prix reflète une croissance remarquable, de pâtissier local à acteur mondial. Les familles Boone et Stevens, fondatrices de l’entreprise, détiennent toujours la majorité des parts (source 1 et source 2 : Bloomberg – situation en janvier 2026).
Économies et protection contre les spéculateurs
De plus, une scission d’actions n’est pas une opération gratuite. Il y a des frais juridiques, une charge administrative lourde, un recalcul des options et des warrants, sans parler de la confusion possible des investisseurs. En s’abstenant, une entreprise s’épargne des tracas et économise des moyens qui peuvent être utilisés de manière plus productive.
De plus, les actions à prix élevé sont aussi moins attrayantes pour les day traders et les spéculateurs, car l’investissement minimal est tout simplement trop élevé pour pouvoir entrer et sortir rapidement avec de petits montants. Cela protège l’action contre les pratiques pump and dump (manipulation par des achats et des ventes coordonnés) et la volatilité extrême (fluctuations de cours brutales dues à l’émotion en bourse).
Le revers de la médaille…
Les recherches montrent que les investisseurs sont dupes de l’illusion monétaire : ils considèrent les actions bon marché comme plus attrayantes, quels que soient les fondamentaux. À capitalisation boursière et valorisation identiques, une action de 10 euros est perçue comme plus accessible qu’une action de 5 000 euros (source).
Cette barrière psychologique a des conséquences réelles. Les investisseurs de détail détiennent nettement plus d’actions à bas prix que les investisseurs institutionnels. Après une scission, les entreprises constatent souvent une augmentation du nombre de petits actionnaires (source).
Des cours élevés peuvent également limiter la liquidité d’une autre manière. Avec 10 000 euros, vous pouvez acheter 20 actions à 500 euros, ce qui vous donne plus de flexibilité qu’avec une seule action à 10 000 euros.
Et ce manque de liquidité a un deuxième effet, souvent oublié : une action peut être exclue d’indices boursiers importants. Par exemple, il a fallu longtemps avant que Lotus Bakeries n’intègre le BEL-20. Cette exclusion n’est pas anecdotique : de nombreux ETF n’ont pas le droit d’acheter l’action, ce qui peut faire baisser la demande.
Conclusion ?
Pour les investisseurs, il est important de se rendre compte qu’un cours élevé en soi ne dit rien sur la valorisation ou le potentiel de rendement. Souvent, ce qu’on considère comme une « action chère » n’est qu’une action avec un cours élevé, autrement dit, un effet d’optique. Une action véritablement chère, c’est autre chose : un titre de 2 000 euros peut être sous-évalué, tandis qu’un titre de 0,2 euro peut être surévalué. Tout l’art consiste à voir au-delà du prix nominal pour examiner les fondamentaux.
Un cours à quatre chiffres reflète plutôt la culture de l’entreprise, son histoire et sa vision de l’actionnariat. Certaines se démocratisent volontiers, tandis que d’autres visent la stabilité par la sélectivité. Les deux stratégies peuvent être efficaces, selon ce qui convient à chaque entreprise.
Le fait qu’aujourd’hui, nous observions relativement beaucoup d’actions avec un cours élevé en apparence n’est pas non plus un hasard : après des années de marchés haussiers, les cours des actions ont pu continuer à grimper. Il est judicieux de surveiller les « nouvelles » actions à quatre chiffres, car pour des entreprises comme Rheinmetall et Eli Lilly, ce cours élevé en apparence découle d’un rallye à court terme. Reste à savoir si les entreprises le défendront ou décideront de procéder à une scission. Dans leur cas, il s’agit pour l’instant d’une coïncidence plus que d’une stratégie réfléchie, comme celle de Berkshire Hathaway (pour ses actions A), Lotus Bakeries et Lindt & Sprüngli.
Avant d’investir, consultez les caractéristiques et risques principaux des instruments financiers.
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