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Investir dans des actions de producteurs d’alcool : une bonne idée ?

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keytradebank.be

18 août 2026 

3 minutes à lire

Les consommateurs boivent moins et les cours de Diageo, Pernod Ricard et cie baissent à des niveaux que l’on n’avait plus vus depuis longtemps. Le secteur suit-il la même voie que le tabac ou le marché est-il trop pessimiste ?

Depuis des années, les producteurs d’alcool encouragent les consommateurs à boire avec modération. Un conseil que ces semblent prendre au sérieux. Selon le spécialiste des données IWSR, la consommation mondiale d’alcool a diminué de 2 % en 2025, soit une baisse de 4,5 milliards de litres. Pour la troisième année consécutive, les consommateurs boivent moins d’alcool (source). La bière, le vin et les spiritueux perdent du terrain.

Les États-Unis, l’un des plus gros marchés, préoccupent particulièrement le secteur. Les volumes américains affichent une baisse de 5 % en 2025 (source). Une diminution qui n’a rien de temporaire : seuls 54 % des adultes américains déclarent encore consommer de l’alcool, le plus bas chiffre en près de 90 ans. Les buveurs consomment également moins : en moyenne 2,8 verres par semaine, le chiffre le plus bas depuis 1996 (source).

Pourquoi a-t-on moins soif ?

Une partie de l’explication se trouve dans le portefeuille : le coût de la vie a nettement augmenté. Comme les consommateurs paient plus pour leurs besoins de base, ils ont tout simplement moins d’argent pour les sorties, qui sont en outre devenues bien plus coûteuses.

D’après les calculs des analystes de Bernstein, les prix des boissons dans les bars et restaurants américains ont augmenté de 29 % au cours des cinq dernières années, soit bien plus vite que l’inflation générale, contre une hausse de seulement 9 % au supermarché (source). Une tendance à noter dans le monde entier : au lieu de se tourner massivement vers la consommation à domicile, les consommateurs boivent simplement moins. Une rupture par rapport aux crises précédentes. Après la crise financière de 2008, les volumes ont continué à augmenter ; les clients se sont tournés vers des marques moins chères, mais sans réduire leur consommation.

Ce n’est donc uniquement une question de pouvoir d’achat. La raison principale, c’est la santé. De plus en plus de personnes estiment que même une consommation modérée nuit à la santé. Un avis partagé par pas moins de deux tiers des jeunes adultes (source). La génération Z boit de toute façon plus modérément que les seniors, et les wearables tels que les données des moniteurs de sommeil au réveil sont impitoyables après une soirée arrosée.

Sans compter les traitements amincissants. Les personnes qui prennent des GLP-1 comme Ozempic ou Wegovy perdent non seulement l’appétit, mais aussi souvent leur envie d’alcool. Des chercheurs ont démontré que les consommateurs boivent 29 % moins souvent (source), et d’après des études cliniques, les effets encore plus importants chez les gros buveurs (source). Dans certains pays, il faut ajouter la légalisation du cannabis qui remplace « l’intoxication légale », avec un bilan sombre pour les producteurs de boissons.

Pas qu’une mauvaise pente

Tout le monde ne s’est pas mis à l’eau pour autant. Deux segments connaissent une croissance contraire à la tendance. Les cocktails prêts à l’emploi en cannette sont les seuls parmi les grandes catégories à avoir connu une croissance en 2025. Ils ont ainsi franchi pour la première fois le cap mondial des 9 milliards de litres (source). Les jeunes générations apprécient la facilité et le prix : une canette est bien moins chère qu’un cocktail au café.

Cette catégorie connaît également un succès retentissant en version sans alcool ou peu alcoolisée. D’après le spécialiste des données IWSR, les volumes de boissons non alcoolisées devraient augmenter de 36 % d’ici 2029, et la bière non alcoolisée pourrait bien doubler sa part sur le marché mondial de la bière d’ici 2033 (source). Pour les producteurs, c’est une arme à deux tranchants : elle cannibalise les ventes classiques, mais profite à ceux qui le méritent.

D’un point de vue géographique, il convient également de nuancer. Tandis qu’aux États-Unis, en Chine et en Europe, les consommateurs boivent moins, le marché indien connaît la plus forte croissance au monde (source). IWSR prévoit d’ailleurs un redressement quasi complet des volumes mondiaux d’ici 2035, notamment parce que de plus en plus de consommateurs atteignent l’âge de boire et que le centre de gravité se déplace davantage vers l’Inde, l’Amérique du Sud et l’Afrique (source).

Des valorisations au parfum de tabac

Sur le marché boursier, les dégâts sont importants. Diageo, le plus grand producteur mondial d’alcools forts (Johnnie Walker, Guinness, Don Julio, Casamigos), a vu sa valeur boursière diminuer de plus de la moitié depuis son pic de début 2022 (source). Pernod Ricard (Jameson, Absolut, Chivas) a atteint cet été son niveau le plus bas en plus de dix ans (source).

Résultat : les actions de producteurs de spiritueux tels que Diageo, Pernod Ricard, Rémy Cointreau et Campari cotent aujourd’hui aux multiples que l’on a connus dans les entreprises du tabac en particulier. Pendant des années, les producteurs de boissons ont précisément bien performé par rapport au tabac, la consommation de boissons étant restée socialement acceptable alors que le tabagisme a été mis au ban de la société. Pour plusieurs distilleries, ces performances semblent s’être évaporée.

Il est frappant de constater que le malaise touche surtout les producteurs de boissons fortes. Les brasseurs de bière sont bien plus épargnés. AB InBev a progressé de plus de 25 % en bourse au premier semestre 2026 et affiche un bénéfice multiplié par environ 21 (source), notamment grâce à un excellent deuxième trimestre avec des volumes de bière en hausse et sa position solide dans les cocktails prêts à l’emploi (source). Heineken et Carlsberg enregistrent 14 à 15 fois le bénéfice attendu (source), bien au-dessus des producteurs de spiritueux lésés. Le marché fait donc bien la différence au sein du secteur : ceux qui proposent des cocktails prêts à l’emploi et boissons non alcoolisées et les marchés émergents sont récompensés.

Aperçu des risques

Si vous pensez que l’alcool est voué au même déclin structurel que la cigarette classique, mieux vaut passer votre chemin. Si d’après vous, le consommateur est surtout freiné temporairement par l’inflation et l’incertitude, une opportunité pourrait se dessiner à vos yeux dans les cours actuels de certaines actions. Quoi qu’il en soit, il est préférable avant d’entrer de tenir compte d’un certain nombre de risques structurels. Premièrement, la tendance à la santé et à la modération pourrait encore s’accélérer, surtout en cas de généralisation des médicaments GLP-1. Deuxièmement, la réglementation. Un étiquetage plus strict, des accises plus élevées ou des restrictions publicitaires (le scénario du secteur du tabac) restent sérieusement envisageables. Troisièmement : les conflits commerciaux et les droits de douane, car le whisky et le cognac sont des cibles appréciées dans les guerres commerciales. Quatrièmement, les grands producteurs ont souvent des dettes importantes héritées de la période des rachats, ce qui laisse peu de marge de manœuvre si les bénéfices continuent de baisser.

Comment investir dans le secteur ?

Deux possibilités s’offrent à vous.

  • Actions individuelles. Outre Diageo et Pernod Ricard, Brown-Forman (Jack Daniel's), Rémy Cointreau, Campari, Heineken, AB InBev, Carlsberg et Constellation Brands sont notamment cotés en bourse. Les profils sont très différents. Une recherche approfondie s’impose donc si vous souhaitez prendre le risque d’investir dans des actions individuelles. Si vous optez pour des noms individuels, il est préférable d’examiner la répartition géographique, le taux d’endettement et l’exposition aux segments de croissance.
  • ETF et fonds. Les ETF sur l’alcool pur sont plutôt rares, mais les grands producteurs de boissons sont largement représentés dans destrackers plus larges sur le secteur des produits de consommation courante (consumer staples). Vous pourrez ainsi répartir le risque sur l’alimentation, les boissons et les produits ménagers, et ne dépendrez pas d’un seul groupe de boissons ou scénario.

Par ailleurs, une consommation modérée est peut-être aussi un conseil à prendre au sérieux pour les investisseurs. Miser entièrement sur des actions de producteurs d’alcool n’est pas une stratégie saine. Mais en tant qu’ingrédient secondaire d’un portefeuille bien diversifié, et à l’encontre des valorisations actuelles, le secteur n’est peut-être pas à déprécier.

Avant d’investir, consultez les caractéristiques et risques principaux des instruments financiers.

Investir dans le secteur des boissons ?

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