Adieu aux obligations ?
Keytrade Bank
keytradebank.be
16 décembre 2025
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Selon une nouvelle étude, il serait inutile de détenir des obligations, même pour votre pension. Il suffirait de vous en tenir aux actions, jusqu’au jour où vous n’êtes plus là…
Le principe TINA (« There Is No Alternative », il n’y a pas d’alternative… aux actions) semble faire son retour. Il y a plusieurs années, lorsque les taux d’intérêt étaient presque à zéro, les actions semblaient le seul choix logique pour les investisseurs. Une nouvelle étude va encore plus loin : selon les chercheurs, même à un âge avancé, détenir des obligations n’a pas de sens. À la place, ils préconisent un portefeuille exclusivement composé d’actions – pas seulement pendant la phase de constitution, mais aussi après votre départ à la retraite et jusqu’à votre décès (source).
Leur recommandation concrète ? Allouez un tiers de votre patrimoine aux actions américaines et deux tiers aux actions d’autres régions, toujours et à tout âge.
Une analyse historique sur plus de 130 ans
Les chercheurs ont analysé les rendements des actions et des obligations de 39 pays au cours de la période 1890-2023. Leur conclusion majeure : les obligations sont de mauvaises sources de diversification, car sur de longues périodes, elles évoluent souvent de façon synchrone avec les actions, tout en rapportant des rendements faibles.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur l’ensemble de la période, les obligations n’ont rapporté qu’un rendement moyen de 0,95 % par an après inflation, à contraster avec 7,74 % pour les actions américaines et 7,03 % pour les actions internationales. Cette différence de taille remet en question le conseil classique de détenir moins d’actions et plus d’obligations avec l’âge.
Les pensions belges sous pression
Cette étude est particulièrement pertinente pour les investisseurs belges. Avec le vieillissement de la population et la pression croissante sur le système de retraite, nous sommes de plus en plus contraints de prendre nos responsabilités pour nos vieux jours. Le premier pilier (la pension légale) et le deuxième pilier (entre autres, l’assurance groupe via l’employeur) s’avèrent souvent insuffisants pour garantir une pension confortable. C’est ainsi que le troisième pilier – l’épargne-pension individuelle et l’investissement personnel – gagne en importance.
De plus, notre espérance de vie s’est allongée. Après votre retraite, votre horizon d’investissement reste étonnamment long, et même assez pour permettre aux actions de continuer à jouer leur rôle de moteur de croissance. De ce fait, les chercheurs notent qu’un virage trop prononcé vers les obligations peut justement accroître les risques.
Et puis, il y a la planification successorale. Pour beaucoup de personnes, leur patrimoine n’est pas seulement destiné à leur retraite, mais aussi à passer à la génération suivante. Dans ce cas, votre horizon dépend moins de votre âge que de celui de vos enfants ou de vos petits-enfants. Là encore, les actions révèlent tout leur potentiel.
Pourquoi les actions ne sont pas toujours gagnantes
Pourtant, ce n’est pas aussi simple. Le problème de la nouvelle étude est qu’elle est basée sur des données historiques, et le passé n’offre pas de garantie pour l’avenir. Les auteurs eux-mêmes soulignent qu’investir tout votre argent en actions est loin d’être sans risque. Une étude antérieure avait montré que les investisseurs qui détenaient un portefeuille exclusivement composé d’actions obtenaient un rendement inférieur à l’inflation dans 12 % de toutes les périodes de 30 ans possibles (à partir de 1841) (source).
Autrement dit : dans un cas sur huit, malgré un horizon d’investissement de trois décennies, les investisseurs ont perdu en pouvoir d’achat. Historiquement, les actions sont sans doute la catégorie d’actifs la plus performante, mais ce n’est toujours pas une garantie.
La stratégie du cycle de vie : pas parfaite, mais logique
La plupart des conseillers financiers appliquent toujours la stratégie traditionnelle du cycle de vie, avec une réduction progressive du pourcentage d’actions dans votre portefeuille au fil des années. Une règle empirique courante consiste à définir le pourcentage optimal comme « 90 moins votre âge » ou « 100 moins votre âge ».
Cette stratégie repose sur un principe simple : moins vous avez de temps pour vous remettre d’un éventuel krach boursier, plus il est judicieux d’augmenter la sécurité. Si vous percevez encore des revenus professionnels, vous pouvez compenser les fluctuations de vos investissements. À partir du moment où vous dépendez de votre patrimoine pour vivre, une baisse importante devient beaucoup plus douloureuse. Les critiques de la stratégie « 100 % actions » soulignent aussi que les obligations n’ont pas pour seul objectif de générer des rendements, mais aussi d’apporter stabilité et sérénité. En période de stress sur les marchés d’actions, les obligations, notamment les obligations d’État de qualité ou indexées sur l’inflation, peuvent jouer un rôle de tampon précieux.
L’on peut aussi s’arrêter à la valorisation actuelle des actions. La question mérite d’être posée : si les actions sont relativement chères pour l’instant, est-ce le bon moment pour adopter une stratégie 100 % actions ?
100 % actions ou pas ? Conseils pratiques
1. Ayez conscience de votre tolérance au risque
Une stratégie 100 % actions peut sembler optimale en théorie, mais ne pas résister à l’épreuve du terrain. Investir exclusivement en actions exige des nerfs d’acier. Si vous avez l’impulsion de vendre précipitamment en cas de crise, un portefeuille entièrement composé d’actions n’est pas fait pour vous. Rien ne nuit à l’investissement à long terme comme les décisions émotionnelles.
2. Tenez compte de l’ensemble de vos revenus de pension
Si vous pouvez vous attendre à une pension légale solide, que vous possédez un logement entièrement financé et que vous avez constitué une belle assurance groupe, vous pouvez vous permettre de prendre plus de risques avec vos investissements complémentaires. En revanche, si vous dépendez surtout de vos propres efforts d’épargne, la prudence est de mise.
3. Conservez une réserve d’épargne suffisante
Même si vous optez pour un pourcentage d’actions élevé, il est judicieux de détenir une part importante de liquidités ou d’investissements conservateurs.
4. Retenez l’importance de la diversification
Si vous optez déjà pour un pourcentage d’actions élevé, veillez à bien diversifier votre portefeuille. Pour ce faire, vous pouvez par exemple investir dans des ETF diversifiés sur les marchés développés et émergents.
5. Adaptez votre stratégie à l’évolution des circonstances
Si vous constatez pendant votre retraite que votre patrimoine est amplement suffisant et que vous souhaitez même le transmettre à vos (petits-)enfants, votre horizon est bien plus long que votre propre vie. Dans ce cas, vous pouvez continuer à prendre davantage de risques. À l’inverse, si les marchés ont fortement progressé et que vous avez atteint vos objectifs financiers, vous pouvez envisager de sécuriser davantage vos gains.
Avant d’investir, consultez les caractéristiques et risques principaux des instruments financiers.


