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Le piège psychologique derrière les séduisants gains boursiers

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keytradebank.be

19 août 2026 

3 minutes à lire

Votre portefeuille est dans le vert ? Félicitations ! Pourtant, c’est surtout le moment de faire preuve de prudence. La raison ne se situe pas au niveau du marché mais plutôt de votre esprit. En effet, nous pourrions assimiler les bénéfices à de l’argent gratuit et être tentés de nous en servir sans la prudence requise.

En dépit des cycles en montagne russe, le premier semestre de 2026 a été l’une des meilleures périodes pour les investisseurs. Les marchés d’actions mondiaux ont progressé de plus de 10 % (source). Les inquiétudes inflationnistes, le conflit autour de l’Iran, les doutes concernant l’IA et la menace d’une nouvelle tournée de droits de douane nous ont fait grimper aux rideaux. Malgré les circonstances, la bourse a finalement récompensé généreusement les investisseurs patients.

Pour commencer, nous vous félicitons d’avoir gardé la tête froide et d’avoir conservé vos placements. Malgré tout, la vigilance est de mise à partir de maintenant. Non seulement parce que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel mais surtout en raison de l’effet de ces bénéfices sur notre cerveau.

Flamber l’argent du casino

Une étude de 1990 menée par l’économiste comportemental Richard Thaler, qui recevra d’ailleurs le prix Nobel, et par le psychologue Eric Johnson montre que les gens sont beaucoup plus enclins à prendre des risques après un coup de chance (source). Un même montant peut être perçu tout à fait différemment, en fonction de la manière dont il a été obtenu.

Les chercheurs ont appelé ce phénomène l'« effet house money », en référence au jargon du monde du jeu pour désigner les bénéfices que vous avez gagnés face « à l’établissement ». Quiconque gagne 500EUR à la roulette jouera ensuite de façon plus décontractée et plus risquée qu’une personne qui mise 500EUR provenant de son épargne. On a tendance à percevoir le gain comme l’argent du casino, pas comme le sien. Dans ce cas, perdre de l’argent est moins douloureux : tant que les bénéfices ne sont pas entièrement dilapidés, notre cerveau comptabilise chaque perte comme « une légère diminution des bénéfices » plutôt que comme une véritable perte. Même si, au final, il s’agit exactement des mêmes euros.

Les gens ont tendance à mettre mentalement l’argent dans des cases distinctes. Les bénéfices en bourse finissent souvent dans la case de l'« argent gratuit », plutôt que dans celle du « patrimoine personnel ». Les investisseurs tombent massivement dans ce piège. Après un long marché haussier, la plupart des portefeuilles affichent de beaux bénéfices. La tentation est grande de penser : je joue quand même avec des bénéfices, alors pourquoi ne pas en profiter ? Un produit à effet de levier par-ci, une action spéculative par-là. On peut quand même se le permettre, non ?

La vague de spéculation est mesurable

Les chiffres montrent qu’il ne s’agit pas d’un risque théorique. Mi-2026, le patrimoine des ETF à effet de levier (trackers qui multiplient par deux ou trois les rendements journaliers) a atteint un record d’environ 218 milliards de dollars, au moins 4,5 fois plus qu’en 2020. Rien que depuis fin mars, on constate une augmentation de 60 % aux États-Unis (source). Les investisseurs particuliers négocient des volumes record, fortement concentrés sur les secteurs qui tirent le rallye, comme les actions du secteur des semi-conducteurs.. À l’heure actuelle, un tiers de tous les contrats d’options aux États-Unis arrive encore à échéance le jour même : du day trading pur et simple donc et aucun placement à long terme (source).

Le schéma est reconnaissable : plus le rallye dure, plus les investisseurs injectent leurs bénéfices dans des produits de plus en plus risqués. Le raisonnement semble logique (« je ne risque que mon bénéfice ») mais il contient une erreur de jugement fondamentale.

Le bénéfice fictif n’est pas de l’argent gratuit

L’économiste Peter Bernstein l’a déjà formulé de manière précise : « Ce que nous considérons comme notre patrimoine est plus volatil que ce que nous voulons admettre ». La valeur de votre portefeuille ne reflète que ce que les autres investisseurs sont prêts à payer aujourd’hui pour ce que vous avez acheté précédemment. Aucun d’entre eux n’a promis d’offrir le même prix demain. En d’autres termes, votre profit fictif n’est pas un droit acquis mais une capture instantanée à un moment donné.

Si vous avez des doutes, il vous suffit d’examiner le marché des cryptomonnaies. Le Bitcoin a perdu un tiers de sa valeur au premier semestre 2026 (source). Ceux qui avaient investi leurs gains boursiers dans des cryptos ont vu leur « argent du casino » s’évaporer. Pire encore : dès que le bénéfice est épuisé, toute perte supplémentaire se répercute sur son capital. Ainsi, vous perdez finalement plus d’argent que vous ne l’auriez jamais cru possible.

L’effet « house money » a d’ailleurs un frère jumeau tout aussi dangereux. La même étude de Thaler et Johnson décrit l'« effet break-even » : ceux qui sont en perte prennent également plus de risques pour essayer de revenir à zéro (source). Le bénéfice nous rend imprudents, la perte nous rend désespérés. Dans les deux cas, le flambeur l’emporte sur l’investisseur rationnel.

Que faire pour contrer ce phénomène ?

La phase de guérison commence par l’assimilation d’une simple information : l’argent n’a pas de mémoire. Chaque euro dans votre portefeuille a la même valeur, qu’il provienne de votre salaire, d’un héritage ou d’un rallye boursier. Traitez donc vos bénéfices comme vous traitez votre épargne. Un exercice de réflexion utile : achèteriez-vous aujourd’hui ce produit à effet de levier ou cette action spéculative avec de l’épargne fraîche ? Si la réponse est non, cela ne sert à rien d’y consacrer votre bénéfice boursier non plus.

Si vous souhaitez tout de même exploiter votre portefeuille bien garni, optez pour une approche planifiée plutôt que pour un jeu de hasard :

  • Rééquilibrer. Suite au rallye, les actions pourraient occuper une partie de votre portefeuille plus importante que vous ne l’aviez initialement envisagé. Affecter des bénéfices pour revenir à votre répartition initiale ne constitue pas une spéculation mais une gestion des risques. Vous vendez ce qui est devenu cher et vous renforcez ce qui reste.
  • Préserver son essentiel. Si vous souhaitez tester une idée plus audacieuse, il est préférable de le faire avec une petite partie du portefeuille bien définie au préalable. Ainsi, la majeure partie de votre patrimoine reste investie de manière diversifiée à long terme et une perte éventuelle ne risque pas de dévaloriser votre plan d’investissement.
  • Penser à son horizon. La meilleure protection contre les impulsions reste un plan à long terme. Quiconque investit avec un horizon de dix ans ou plus n’a pas besoin de réagir à chaque pic. Même aux pics agréables.

En fin de compte, la leçon de Thaler et Johnson est la même que celle de tout joueur de casino expérimenté : l’établissement gagne rarement sa vie avec les personnes qui s’arrêtent à temps mais presque toujours avec celles qui refinancent continuellement leurs gains. Célébrez donc les bonnes années boursières en toute sérénité. Mais n’allez pas pour autant tout jouer à la légendaire table de roulette.

Avant d’investir, consultez les caractéristiques et risques principaux des instruments financiers.

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