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Pour bien investir, inutile d'avoir une boule de cristal

Cet article a été publié:

24/01/2017

« Pierre… », à prononcer en faisant rouler les « r » comme le faisait auparavant Willem Ruis à la télévision néerlandaise. La question qui suit n'est pas son légendaire « Qu'ont-ils gagné ? », mais plutôt « L'année boursière sera-t-elle bonne ? ».

Voici le huitième volume de notre série d'articles « Les 10 idées reçues les plus répandues sur la bourse ».

« Comment s'en sortiront les marchés cette année ? » est une question qui se pose le plus souvent en début d'année. Et pas seulement à moi. Parcourez des journaux, magazines et blogs financiers de fin décembre et début janvier, et vous verrez : ils regorgent de prévisions. Et plus elles sont audacieuses, mieux c'est. Une prévision osée, comme un vif redressement boursier ou au contraire un krach violent, attirera certainement les regards.

Quand on me pose cette question, ma réponse n'a absolument rien d'extravagant. Elle est même plutôt froide : « Je ne sais pas. » Force est d'admettre que pour un analyste de marché, c'est un peu court. Permettez-moi alors de citer la seule bonne réponse, que l'on doit au plus légendaire des banquiers : « Disons que la bourse va fluctuer, jeune homme » (John Pierpont Morgan répondant à un jeune journaliste).

J'y ajouterais même « plus que nécessaire » : la bourse fluctuera plus que nécessaire en 2017. Mais je dois encore l'admettre, cette prévision n'est guère audacieuse. En effet, la bourse fluctue toujours plus que ce qui est nécessaire. Il y a un an précisément, en janvier 2016, les marchés plongeaient, près de 5 000 milliards d'euros de valeur boursière partant en fumée. Pourquoi ? Parce que les investisseurs craignaient un krach. Parce que la Chine se comportait étrangement et que le pétrole était devenu extrêmement bon marché. Mais certainement pas à cause de l'annonce de nouvelles importantes pour les marchés. La vague de ventes était simplement l'expression d'une anticipation de mauvaises nouvelles. Tout comme la création d'une valeur boursière de plus de 5 000 milliards depuis le triomphe de Donald Trump en novembre est la conséquence d'une autre anticipation. Cette fois, elle n'est pas mue par la crainte mais par l'espoir.

La bourse fluctue toujours plus que ce qui est nécessaire, car la plupart des investisseurs ne se laissent pas guider par les faits et la raison mais par des attentes et des émotions. Plus l'avenir est imprévisible, plus le rôle de la psyché sera important et plus les fluctuations aussi sensibles qu'inutiles seront nombreuses. Et n'oublions pas que par définition, l'avenir est toujours imprévisible.

Cependant, avec les énigmes que posent Donald Trump, le Brexit, la reflation, Marine Le Pen, Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan, l'État islamique, Geert Wilders, Xi Jinping et Kim Jong-un, 2017 semble encore plus imprévisible qu'à l'accoutumée. Permettez-moi d'affiner davantage la citation de JP Morgan : « la bourse fluctuera cette année plus que nécessaire et plus que la moyenne ». Plus de volatilité donc, ce qui rime avec opportunité : en période de crise, nous avons l'occasion de faire l'acquisition d'actions prisées à des prix très bas (vous avez déjà pu découvrir qu'une volatilité élevée était un atout pour l'investisseur à long terme dans le deuxième volume de cette série).

Rien n'est-il donc prévisible dans le monde de la bourse ? Est-il vrai que les conseils d'une personne qui se plonge depuis des décennies dans la science de la bourse ne sont pas meilleurs que ceux d'un singe aveugle, comme le prouva déjà l'expert financier Burton Malkiel il y a 43 ans ? Oui, c'est vrai. La plupart des conclusions des centaines d'études menées depuis l'affirmation de Malkiel vont même plus loin : le singe, qui lance à l'aveugle des fléchettes sur des listes d'action, s'en sort généralement mieux que l'expert !

Mais ce n'est pas tout à fait vrai non plus.

Ce n'est vrai que sur le court terme. Les études réalisées avec le singe aveugle se limitent généralement à un an. Elles sont souvent élaborées comme une sorte de concours : l'expert sélectionne cinq actions, le singe (ou une main innocente) en choisit au hasard cinq dans la liste. Après un an, c'est le singe qui gagne. Tout d'abord car il n'a pas les connaissances de l'expert, ce qui représente un avantage dans un concours au sprint de ce type. L'expert réfléchit, ce qui peut lui coûter cher en temps de crise. Il peut se mettre à paniquer au mauvais moment, comme c'est souvent le cas des investisseurs. Le singe ne panique jamais. Il ne changera jamais de cap car tel ou tel cours ne l'intéresse pas plus qu'un autre.

Sur le long terme, disons au moins trois ans, l'expert aura cependant toutes les chances de l'emporter. S'il connaît son métier, il peut, sur la base d'une analyse fondamentale et d'une bonne compréhension des entreprises et de leurs secteurs, réaliser une sélection de meilleure qualité que celle du singe aveugle. Tout revient alors à évaluer la juste valeur d'une entreprise au moyen de connaissances et de présomptions raisonnables, et non à déterminer par exemple l'impact qu'aura Donald Trump sur l'économie mondiale et les bourses. Or, les questions de ce type n'ont pas de réponse définitive. Tenter de prédire l'avenir est un jeu d'amateurs. Les stratégies d'investissement reposant sur des prévisions sont vouées à l'échec.

Warren Buffet, l'un des plus grands investisseurs de tous les temps, a déclaré ceci : « Les prévisions à court terme devraient être gardées enfermées en lieu sûr, hors de portée des enfants mais aussi des adultes qui se comportent comme des enfants. » Cette phrase traduit sa frustration face à ce que les médias avaient fait de son message de 2008, lorsque la crise financière était à son comble. « Nous sommes certains que l'économie restera tout à fait atone en 2009, et probablement encore par après, avait-il écrit. Mais cette constatation seule ne donne aucune indication sur le comportement du marché. » Les journaux ne reprirent que la première partie de son message, n'hésitant pas à en faire une interprétation personnelle : d'après Warren Buffet, le marché est condamné à la stagnation.

La bonne nouvelle est que les prévisions à court terme ne sont absolument pas nécessaires pour enregistrer de bons résultats boursiers. Dans Mister Market Magazine, nous suivons un système propre qui nous oblige à vendre dans des situations spécifiques. Ce système nous permet de prendre à temps nos bénéfices et de vendre relativement rapidement les actions peu performantes. Quelles que soient les circonstances et les prévisions.

En résumé, pour bien investir, inutile d'avoir une boule de cristal. Mieux encore, John Maynard Keynes, grand économiste mais aussi grand investisseur, ne commença à bien investir que lorsqu'il comprit qu'il ne devait pas tenir compte de ses propres attentes économiques.

Entre nous, je pense sincèrement que 2017 sera une belle année pour les actions belges.

Pierre Huylenbroeck est l'auteur d'« Iedereen belegger » et l'éditeur de Mister Market Magazine, un magazine numérique bimensuel qui s'adresse aux investisseurs curieux. Téléchargez gratuitement un numéro d'essai.

Le présent article ne constitue ni un conseil d'investissement ou une recommandation, ni une analyse financière. Les informations contenues dans ce document ne doivent pas être interprétées comme ayant une valeur contractuelle d'aucune sorte. L'objectif de ce document est exclusivement informatif. Keytrade Bank ne pourra être tenue responsable des décisions prises sur la base des informations contenues dans ce document ni de son utilisation par des tiers. Avant d'investir dans des instruments financiers, lisez attentivement le document Aperçu des caractéristiques et risques essentiels des instruments financiers disponible dans le Document Center.

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