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Faire un peu plus avec un peu moins, c’est possible ?

Cet article a été publié:

18/07/2022

Si un chat a neuf vies, pourquoi un t-shirt ne pourrait-il pas en avoir deux ? Promouvoir l’utilisation intelligente et le réemploi, des vêtements de votre dressing aux plaques de plâtre pour vos plafonds, telle est la mission que s’est fixée Nina Maat (25 ans). En octobre, elle inaugurera même une exposition consacrée à cette économie dite « circulaire ». Une chouette initiative dont nous vous parlerons encore dans les prochains mois. Mais pour commencer, posons-nous la question suivante :

L’économie circulaire, c’est quoi au juste ?

Quelque chose en rapport avec le recyclage. C’est ce que la plupart des gens pensent quand ils entendent parler d’économie circulaire. « Le recyclage est effectivement un volet de l’économie circulaire, mais ce n’est que la toute dernière option », explique Nina Maat, fondatrice du MUCE, qui est aussi à l’origine de l’initiative Antwerp Circular.

« Dans une économie circulaire, tout commence par la prévention : avez-vous vraiment besoin de ce produit ? Cet appareil vous apporte-t-il réellement un plus ? Existe-t-il une alternative de meilleure qualité qui dure plus longtemps ?... » Telles sont les pistes de réflexion proposées par Nina. Pour transposer ces interrogations dans la pratique : pouvez-vous emprunter ce roman à la bibliothèque au lieu de l’acheter ? Pouvez-vous écouter ce groupe en streaming plutôt que de faire livrer leur CD sur le pas de votre porte ? N’est-il pas préférable d’acheter un t-shirt de meilleure qualité plutôt qu’un que vous allez jeter après cinq lavages ?

« La circularité, c’est aussi garder les produits dans le circuit le plus longtemps possible en les partageant, en les louant, en les réutilisant, en les réparant... ou enfin en les recyclant », poursuit Nina. « En tout cas, en finir avec les déchets. Tout l’art est de tourner le plus longtemps possible avec les mêmes matériaux. »

Une économie circulaire implique de veiller à ce que la chaîne reste la plus courte possible. « En produisant au niveau local et en gardant les matériaux le plus longtemps possible dans le circuit, vous diminuez également votre dépendance économique aux matières premières », souligne-t-elle. « Tout le monde peut agir à son niveau.  En posant des choix conscients, à la maison, en déplacement et au travail. »

Comment savoir si vous pourrez facilement utiliser pendant 20 ans le pull, la perceuse ou le canapé que vous achetez ?

« Commencez par vous demander si vous avez vraiment besoin de l’article en question », explique Nina. « Par exemple, posséder votre propre perceuse peut s'avérer pratique si vous avez toute une maison à rénover. Mais pour une utilisation occasionnelle, pour accrocher un portemanteau ou un cadre, mieux vaut faire appel à un voisin ou en emprunter une sur une plateforme de partage. D'ailleurs, le partage revient souvent moins cher que l’achat. »

« Lorsque vous achetez quelque chose, veillez à la qualité. Optez dans la mesure du possible pour de bons matériaux », conseille Nina. « Posez-vous les questions suivantes : quel est le matériau utilisé ? L’appareil est-il collé (par exemple un iPhone) ou peut-on facilement le dévisser pour remplacer des composants (par exemple un Fairphone) ? Le fabricant propose-t-il des pièces de rechange ou des informations sur la réparation ? Recevez-vous une garantie supplémentaire en plus de la garantie légale ? Que disent les associations de consommateurs, ou quels sont les avis d’autres consommateurs sur la durée de vie et la qualité du produit ? »

Pour Nina, la conception des produits a un rôle important à jouer dans l’économie circulaire. Une conception intelligente garantit que les produits ont la durée de vie la plus longue possible et peuvent être démontés le plus facilement possible à la fin du cycle. « La nature est une excellente source d’inspiration pour la conception des produits. Prenez par exemple le velcro. L’idée de ce matériau a été insufflée par la bardane, une plante qui présente la même « adhérence magique ». Ce biomimétisme, qui consiste à tirer parti des processus et des formes existant dans la nature, est une source d’inspiration naturelle pour l’innovation technologique. »


Peut-on suivre les tendances dans une économie circulaire ? Que faire si l'on a parfois envie de quelque chose de neuf ?


« À première vue, la mode et l’économie circulaire semblent un peu contradictoires. Nous accordons en effet la préférence aux matériaux de qualité et aux pièces intemporelles qui vous accompagneront longtemps », explique Nina Maat. « Cela dit, les vêtements, les meubles et autres objets sensibles à la mode ont aussi une place dans une économie circulaire. La créativité fait partie de la nature humaine. Ce pantalon que vous n'osez plus porter pour sortir, rien ne vous empêche de l'utiliser comme pantalon de travail. Vous pouvez faire de l'upcycling. Et il y aura toujours bien une personne à contre-courant qui trouvera les objets vintage très tendance », dit Nina en souriant.

Que faire des choses dont vous n’avez plus besoin ?

« Vous pouvez faire plaisir à quelqu’un de votre entourage. Vous pouvez aussi les revendre ou les donner à un magasin de seconde main », indique Nina. « Ou pourquoi ne pas en faire don à une bonne œuvre ? Mieux vaut toutefois bien vous renseigner sur le sort que réserve l’organisation en question à ces affaires. Pour les vêtements, par exemple, la question n'est pas simple, même si vous partez d'une bonne intention. En effet, si une partie est triée et entame une nouvelle vie, une grande quantité d’habits sont malheureusement encore mis en décharge dans des pays en développement, où ils terminent littéralement sur des montagnes de textiles. »

Économie circulaire et économie en croissance : compatibles ?

« Alors que l’économie circulaire fait l’objet d’une attention croissante, l’extraction et le prix des matières premières ne cessent d’augmenter », précise Nina. « Suite à l’accélération de la relance au sortir de la crise de la COVID et à la guerre en Ukraine, la situation est même devenue problématique, engendrant une inflation élevée pour les consommateurs. Dans une économie circulaire, on subit moins de nuisances dues à la pénurie de matières premières. En effet, on réutilise tout au maximum et la production se fait dans la mesure du possible au niveau local. La croissance est notamment possible grâce à la création de valeur découlant de nouvelles activités circulaires. Le développement de produits circulaires nécessite en outre de la main-d’œuvre spécialisée. Du brassage de bières à partir de restes de pain aux plateformes d’autopartage, des milliers d’exemples démontrent que vous pouvez à la fois aller dans la bonne direction et gagner de l’argent dans une économie circulaire. » 

> La prochaine fois

Économie circulaire : 7 gestes concrets. Nina Maat vous donne 7 exemples et conseils concrets et réalisables

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