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Investir comme Wanda Buffett

Cet article a été publié:

08/11/2018

Nous sommes le mardi 30 octobre. Le Bel20 cote 19,2 % en deçà de son pic du 22 janvier. Des actions belges populaires comme Bekaert, Bpost, Balta et même Melexis ont perdu 40 à 60 % de leur valeur, et Nyrstar même près de 80 %. Ces corrections ne laissent aucun investisseur insensible. Seulement, les sentiments divergent de façon frappante. Quel est le vôtre ? Question subsidiaire : êtes-vous un homme ou une femme ?

Que doit faire l’investisseur qui constate que les actions coûtent aujourd’hui en moyenne 20 % moins cher qu’il y a neuf mois ? N’importe quelle autre personne sur n’importe quel autre marché saura exactement quoi faire : partir à la chasse aux bonnes affaires.

Or la bourse est un marché à part. Très à part. Et même carrément bizarre : les soldes n’y sont pas attrayantes. Au contraire, plus la marchandise est chère, plus les acheteurs se bousculent au portillon ; plus elle est bon marché, plus le scepticisme règne et plus l’envie de vendre devient impérieuse. D’aucuns estiment qu’une correction comme celle-ci annonce un krach encore plus brutal, comme celui de 2008 ou des mois qui ont précédé octobre 1929.

Heureusement, beaucoup d’investisseurs expérimentés savent quoi faire. Ils ont déjà vécu cette situation des dizaines de fois : en août 2015 ou en janvier 2016, par exemple. Ils savent que tout est question de maintenir le cap et de garder confiance. Tout qui s’arrête aux dégâts économiques que le président américain peut encore faire avec les guerres commerciales, à un Brexit dur potentiellement néfaste, à la bombe budgétaire italienne, à la montée des « déplorables » et à l’obstruction croissante du libre-échange préférera vendre aux cours actuels. Tout qui prend conscience que le monde géopolitique est chroniquement empreint d’incertitudes et se concentre plutôt sur les résultats d’exploitation toujours excellents, sur les taux d’intérêts qui restent faibles et sur les valorisations boursières à présent très généreuses (surtout en Europe et dans les pays émergents) choisira d’acheter.

Tout qui comprend en outre que le secteur financier actuel est en bien meilleure forme qu’il ne l’était lors des crises majeures gardera assurément aussi la tête froide. En situation de crise, un secteur financier faible est en effet le danger majeur. Tant qu’il reste hors de la zone rouge, le risque de déclenchement d’une crise systémique, c’est-à-dire d’une cascade de ventes paniquées et de faillites, demeure limité.

Nous gardons la tête froide. Nous sommes de ceux qui ne pensent pas que la fin du monde économique est proche. Nous faisons donc comme d’habitude : nous nous concentrons sur des entreprises individuelles avec un bel avenir à long terme (3 à 5 ans ou plus), et nous comparons leur potentiel à leur valeur boursière actuelle. Et que remarquons-nous ? En deux mois, notre liste d’actions à acheter s’est sensiblement rallongée.

Nous sommes donc dans le camp des acheteurs. Mais nous laissons notre avidité à la porte. Nous procédons calmement et prudemment, et surtout, nous étalons nos achats dans le temps : au maximum un paquet d’actions par mois, par exemple. Nous voulons éviter de gaspiller nos munitions, car une telle correction peut durer très longtemps.

Combien de temps ? Impossible à dire, personne ne le sait. Un bon timing n’est essentiel que lors des périodes extrêmes, quand la bourse est lourdement sous-évaluée (mars 2009 : acheter !) ou lourdement surévaluée (été 1999 : vendre !). Or ce n’est pas le cas pour l’instant. Les valorisations ne sont pas extrêmes, des facteurs d’influence tant positifs que négatifs s’équilibrent encore plus ou moins.

Mais alors, d’où ce recul de 20 % ?

Imputez-le sans hésiter à Mister Market, le profil-type grâce auquel le grand expert boursier Ben Graham a donné une personnalité à la psychologie des investisseurs (et moi, un nom à mon magazine boursier). Mister Market se sent menacé par les frasques incessantes de Donald Trump. Or les investisseurs sont des animaux grégaires. Si le troupeau s’affole, il se précipite nerveusement d’un côté ou de l’autre. Et un troupeau en mouvement peut faire des dégâts – ce qui se traduit alors par des pertes de 20 % ou plus.

Les causes de cet effet de troupeau sont à chercher dans nos cerveaux. En effet, le cerveau de Mister Market est alimenté par des hormones comme la testostérone et le cortisol. En revanche, le cerveau de Miss Market contient surtout de l’œstrogène et de l’ocytocine. Les deux premières substances incitent à l’action, tandis que les deux dernières poussent à plus de prudence et à la coopération. Généralement, la prudence vaut mieux que l’impulsion d’agir.

La testostérone, l’hormone masculine par excellence, influence même notre confiance en nous et augmente notre propension au risque. La testostérone est parfois appelée « l’hormone du vainqueur », car après une série de succès, elle nous persuade que nous gagnerons aussi le match suivant. Ce n’est pas un hasard si les sportifs enchaînent les victoires : en vertu d’un éphémère « état de grâce », ils remportent le match suivant grâce au regain de confiance qui résulte de leur performance au match précédent.

Les hommes qui ont beaucoup de testostérone sont en outre plus optimistes que les femmes. Ils semblent surtout l’être à leur propre égard : ils sont ainsi convaincus de leur capacité à remédier à une situation délicate. La plupart des femmes n’ont pas autant d’amour-propre.

Le fossé d’optimisme entre les hommes et les femmes est encore plus marqué sur la bourse. Une étude récente montre que Miss Market, la gent féminine active en bourse, perçoit des risques plus importants que Mister Market. C’est pourquoi les femmes ont un portefeuille d’actions moins important que les hommes. Elles investissent en outre avec sang-froid. Elles placent leur argent dans des secteurs qu’elles connaissent, se préoccupent moins souvent des marchés et font moins de transactions. Le résultat : pratiquement chaque étude indique que les femmes atteignent un rendement boursier supérieur à celui des hommes.

La mauvaise performance de Mister Market face à Miss Market n’est pas sans rapport avec cette fameuse hormone – la testostérone. L’occasionnelle série de victoires testostéronées est bien belle, mais elle ne dure pas. En outre, un taux de testostérone durablement élevé induit des comportements dangereux. Lorsqu’elle survient inévitablement, la première défaite essuyée depuis longtemps est douloureuse ; avec la deuxième et la perte de confiance qui en résulte, elle entraîne souvent une série d’échecs.

Le cortisol, cette autre hormone masculine (bien que les femmes en aient également) accroît quant à elle l’anxiété lors des moments de stress. Le cocktail des deux explique qu’après une longue période de victoires, Mister Market devient trop impulsif et enclin à prendre des risques. Et si les choses tournent mal, il a tendance à paniquer. C’est donc ce qui se produit depuis fin août sur les marchés des actions : Mister Market est en pleine crise de confiance.

Et Miss Market dans tout ça ? Elle en souffre beaucoup moins, vu que les femmes n’ont pas de taux de testostérone élevés. Seulement, le rôle de Miss Market sur la bourse est limité, voire insignifiant. La bourse est un environnement fortement masculin – pour ne pas dire de coqs de basse-cour.

Bien sûr, tous les hommes ne débordent pas de testostérone et ne sont pas dépourvus d’hormones féminines. Nous connaissons tous un homme qui ressemble étonnamment à Miss Market lorsqu’il investit : modeste, prudent, circonspect et patient. Un livre à recommander à cet égard : « Warren Buffett Invests Like a Girl – and Why You Should Too », de Louann Lofton.

 

Pierre Huylenbroeck est l’auteur de « Onsterfelijk beursadvies » (un ouvrage reprenant les meilleurs conseils boursiers de tous les temps) et de « Iedereen belegger » (la bible des petits investisseurs). Il est également l’éditeur du Mister Market Magazine, un magazine bimensuel en ligne pour apprendre à investir, doté d’un portefeuille propre qui réalise (selon le terme) un rendement annuel moyen de 10 à 15 %. Téléchargez gratuitement un numéro d’essai.


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